Sur la foi des rumeurs qui bruissent à Washington, il semble dorénavant acquis que Barack Obama maintiendra le républicain Robert Gates à son poste actuel de Secrétaire à la Défense (le ministre de la défense américain).Réputé impartial, ferme mais mesuré, l’homme est habité par un patriotisme chevillé au corps et fait l’unanimité dans les deux camps. A l’heure où l’Amérique mène deux guerres de front, l’expertise de l’homme sera utile au président Obama, d’autant qu'il partage le souhait de renforcer la guerre en Afghanistan et de fermer Guantanamo.
Mais qui est donc ce Robert Gates ? Qui se cache derrière le chef actuel du Pentagone, cet homme qui suscite un tel consensus qu’il conserverait miraculeusement son siège – une première ! - effaçant le clivage pourtant si rigide entre républicains et démocrates ?
Vous ne trouverez que peu de détails sur le CV de Robert Gates. Et pour cause : Robert Gates est un ancien pilier de la CIA. Vous voulez savoir à quoi ressemble un vrai super-espion ? En voilà un.
En cherchant bien, on retrouve la trace de Robert Gates dans la plupart des périodes clefs de l’histoire militaire et géopolitique de la seconde partie du vingtième siècle. Si vous me promettez de rester discret, je veux bien vous glisser quelques mots sur son compte…
Robert Gates fait son entrée à la CIA en 1966. Recruté en tant que simple analyste de renseignements, il n’a pas atterri à la CIA par hasard : né en 1943, Robert Gates est un enfant de la guerre froide, et il possède une maîtrise en histoire européenne (qu’il complètera plus tard par un doctorat sur l’Union Soviétique). Nommé à la « Division Soviétique » en 1968, la division phare de la CIA de l’époque, il se retrouve au bon endroit au bon moment : L’URSS vient de réprimer le Printemps de Prague. Du pain béni pour Gates, qui va démontrer sa parfaite compréhension du mode de pensée soviétique.
En 1974, la CIA le détache au Conseil national de Sécurité, puis en tant que Conseiller spécial à la Maison Blanche auprès du Président Carter. On le retrouve notamment à Vienne, parmi les négociateurs américains du Traité de Limitation des Armes Stratégiques, les célèbres accords SALT II. Retourné à l’agence en 1979, Robert Gates va gravir à toute vitesse les échelons de la CIA.
En 1982, c’est une première consécration pour l’agent Gates : il devient directeur adjoint du renseignement, le “DDI” (Deputy Director for Intelligence), et il va mettre les mains dans le cambouis.
A l’époque, la CIA est dirigée par William « Bill » Casey, un vétéran de l’espionnage de l’OSS, l’ancêtre de la CIA. Robert Gates est son fils spirituel, et il va devenir son bras armé. Sous l’administration Reagan, la CIA de Casey devient le fer de lance de la lutte anti-soviétique. Entre 1982 à 1986, Robert Gates va planifier des actions secrètes aux quatre coins du monde. Pendant cette période, la CIA fournit une aide militaire aux moudjahidin qui harcèlent les russes en Afghanistan (d’où croyez-vous qu’ils tenaient leurs missiles stinger ?), soutient et organise le mouvement Solidarnosc en Pologne, tire les ficelles de coups d’état en Amérique Centrale et en Amérique du Sud, agit au Moyen-Orient, recrute massivement des agents en Allemagne de l’Est qui débordent le contre-espionnage soviétique, intervient au Liban contre le Hezbollah…
Robert Gates reçoit trois fois la Distinguished Intelligence Medal. On n’en connaît pas les motifs, mais il suffit de savoir que la Distinguished Intelligence Medal est la plus haute distinction de la CIA pour deviner que son rôle n’a pas du être mineur dans la lutte anti-soviétique…
Quand Bill Casey décède, il semble à tous que ce serait une juste récompense que Robert Gates soit nommé Directeur de la CIA. Reagan le propose au congrès, mais il doit vite retirer sa candidature : le scandale Iran-Contras vient d’éclater (une officine de la CIA a secrètement vendu des armes à l’Iran pour financer la guérilla des contras au Nicaragua). Casey étant décédé, c’est à Robert Gates d’en porter la responsabilité. De 1986 à 1989, Robert Gates doit se contenter du poste de Directeur adjoint de la communauté du renseignement (DDCI).
En 1989, un ancien Directeur de la CIA est élu Président des Etats-Unis : George Bush père. Ce dernier appelle immédiatement auprès de lui l’agent qu’il a bien connu dans les années 70 : Robert Gates devient directeur adjoint du Conseil National de Sécurité et son éminence grise à la Maison Blanche, à l’heure de la première guerre du Golfe. Enfin, en 1991, à l’issue d’une guerre du Golfe victorieuse et après de longues années de service au sein de l’agence, Robert Gates devient Directeur de la CIA.
Chose amusante, l’un des grands agents de la guerre froide est chargé de réformer la CIA après l’effondrement du bloc communiste ! A l’heure où l’on s’interroge dans les médias sur l’intérêt de conserver la CIA, Gates réorganise l’agence et la tourne notamment vers une nouveauté : le renseignement économique. Il n’aura malheureusement pas le temps d’appliquer toutes les réformes suggérées par ses quatorze groupes d’études : Bill Clinton arrive à la Maison Blanche, et se sépare de Robert Gates.
Robert Gates est le seul agent de la CIA a avoir gravit tous les échelons de la hiérarchie, d’analyste à directeur. Sa connaissance des conflits mondiaux est indiscutée. Aussi, quand début 2007, le Président George Bush se retrouve vraiment dans la panade aussi bien en Afghanistan qu’en Irak, il ne lui reste plus d’autres choix que d'aller rechercher l’éminence grise de son père pour le nommer au poste de Secrétaire à la Défense. On comprend aujourd’hui que Barack Obama soit tenté de garder lui aussi Robert Gates auprès de lui, n’est-ce pas ?
Finissons sur une note plus triviale. Comme Curriculum Vitae d’un ministre de la défense, je trouve que c’est quand même autre chose qu’un administrateur de services de l’assemblée nationale devenu chargé de mission de François Léotard, puis porte-parole de Bayrou et député UDF...
Franchement, Robert, ton CV, il en jette. James Bond (et Hervé Morin) peuvent aller se rhabiller !




"l’homme est habité par un civisme chevillé au corps"
RépondreSupprimerQu'entendez vous par là mon cher ?
Ne s'agit il pas plutot du patriotisme ?
Dont acte. C'est rectifié.
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