mercredi 8 octobre 2008

Non, tous les monstres sacrés du cinéma ne sont pas morts...

Il n’est pas improbable que des lecteurs parisiens se soient déjà baladés dans le seizième arrondissement de Paris, du côté de l’Avenue Victor Hugo, y croisant, disons, des hommes d’affaires pressés, une vieille grand-mère aux cheveux blancs probablement accompagnée, et de jolies jeunes femmes, évidemment chics, bronzées et décontractées.
Et bien si vous vous reconnaissez dans cet hypothétique flâneur, vous avez peut-être déjà croisé sans vous en douter un seul instant… l’une des plus grandes stars de l’histoire du cinéma.

Il ne vous aura pas échappé qu’en cette funeste année 2008, nous avons perdu successivement Charlton Heston, Richard Widmark, Cyd Charisse, Sydney Pollack, et très récemment Paul Newman. D’aucuns savent que je voue d’ailleurs une réelle admiration pour ce dernier. Pourtant, je ne vous cache pas que j’ai été prodigieusement agacé par trois incultes journalistes que j’ai successivement entendu annoncer la disparition du « dernier monstre sacré d’Hollywood ».

Paul Newman était certes l’une de ces légendes d’Hollywood. Mais pas la dernière… loin de là. En y réfléchissant rapidement, j’ai compté plus de deux dizaines de véritables mythes du cinéma encore vivants aujourd’hui.
Revenons par exemple à notre « star du seizième ». La grand-mère américaine qu’on peut parfois apercevoir rue Benouville s’appelle… Olivia de Havilland. Les plus jeunes d’entre vous n’aurons peut-être jamais entendu ce nom. Pourtant, elle fut l’une des plus grandes stars mondiales.

Olivia de Havilland fut l’héroïne des plus grands films de l’âge d’or d’Hollywood, partageant la vedette avec Errol Flynn, Clark Gable, James Cagney, Bette Davis ou Rita Hayworth. Dans les années 40, elle était incontestablement la plus grande star de la décennie, remportant même deux fois l’oscar de la meilleure actrice. Son rôle fut déterminant dans l’histoire de l’âge d’or d’Hollywood, puisque suite à son procès contre la Warner et au « jugement Havilland », cette femme de caractère libéra les stars du joug des studios. Autant dire que son rôle dans l’histoire du cinéma est autrement plus déterminant que celui de Paul Newman…
Aujourd’hui retirée à Paris, cultivant l’anonymat depuis plus de cinquante ans, Olivia de Havilland demeure l’actrice mythique de « Capitaine Blood », de « La charge de la brigade légère » ou des « Aventures de Robin des Bois » (Michael Curtiz). Enfin, elle est aujourd’hui la dernière actrice vivante parmi les quatre rôles principaux d’un obscur petit film dénommé… « Autant en emporte le vent » (Victor Fleming, David O. Selznick).

Remonté par cette histoire de « dernier monstre sacré », j’ai pris quelques jours pour vous lister ici les deux dizaines de « monstres sacrés » encore vivants auxquelles j’ai pensé.
Voici donc sans ordre particulier vingt-cinq acteurs et actrices qui peuvent sans l’ombre d’un doute prétendre au statut de « légendes vivantes du cinéma ». Je me suis restreint pour cet exercice à ne citer ici que des acteurs et actrices de l’âge d’or d’Hollywood nés exclusivement avant-guerre (dans les années Dix, Vingt ou Trente). Tous ont joué un très grand rôle, aussi bien dans des films mythiques que dans l’histoire d’Hollywood.
Evidemment, je n’ai pas la prétention d’être exhaustif : si vous pensez à d’autres légendes vivantes au moins septuagénaires, n’hésitez pas ! Petit jeu : parmi toutes ces légendes se cachent deux paires de… frères et sœurs ! Saurez-vous les retrouver ?

Kirk Douglas
« Règlement de comptes à ok corral » (John Sturges), « Sept jours en mai » (John Frankenheimer), « Les sentiers de la gloire » (Stanley Kubrick), « Spartacus » (Stanley Kubrick), « Paris brûle-t-il » (René Clément), « L’Arrangement » (Elia Kazan).




Lauren Bacall
« Le port de l’angoisse » (Howard Hawkes), « Le grand sommeil » (Howard Hawkes), « Key Largo » (John Huston), « Comment épouser un millionnaire » (Jean Negulesco).





Karl Malden
Oscarisé pour « Un tramway nommé désir » (Elia Kazan), « Sur les quais » (Elia Kazan), « Baby doll » (Elia Kazan), « Le Prisonnier d’Alcatraz » (John Frankenheimer), « Nevada smith » (Henry Hathaway), « Patton » (Franklin J. Schaffner).




Joan Fontaine
Oscarisée pour « Soupçons » (Alfred Hitchcock), « Ivanhoé » (Richard Thorpe), « Rebecca » (Alfred Hitchcock), « The women » (George Cukor), « Jane eyre » (Robert Stevenson).





Robert Redford
« La poursuite impitoyable » (Arthur Penn), « Butch Cassidy et le kid » (George Roy Hill), « Jeremiah Johnson » (Sydney Pollack), « L’arnaque » (George Roy Hill), « Les trois jours du condor » (Sydney Pollack), « Les hommes du président » (Alan J. Pakula), « Out of Africa » (Sydney Pollack).



Tippi Hedren
« Les oiseaux » (Alfred Hitchcock), « Pas de printemps pour Marnie » (Alfred Hitchcock), « La comtesse de Hong-Kong » (Charlie Chaplin).





Clint Eastwood
« Pour une poignée de dollars » (Sergio Leone), « Le bon, la brute et le truand » (Sergio Leone), « L’inspecteur Harry » (Don Siegel), « L’homme des hautes plaines » (Clint Eastwood), « L’évadé d’Alcatraz » (Don Siegel), « Impitoyable » (Clint Eastwood).




Elizabeth Taylor
« Géant » (George Stevens), « La chatte sur un toit brûlant » (Richard Brooks), « Soudain l’été dernier » (Joseph L. Mankiewicz), « Cléopâtre » (Joseph L. Mankiewicz), « Reflets dans un œil d’or » (John Huston), « Qui a peur de Virginia Woolf ? » (Mike Nichols).




Peter O’Toole
« Lawrence d’Arabie » (David Lean), « Lord Jim » (Richard Brooks), « Comment voler un million de dollars » (William Wyler), « Un lion en hiver » (Anthony Harvey), « Goodbye Mr Chips » (Herbert Ross), « Le dernier empereur » (Bernardo Bertolucci).




Shirley MacLaine
« Mais qui a tué Harry » (Alfred Hitchcock), « Comme un torrent » (Vincente Minnelli), « La rumeur » (William Wyler), « La Garçonnière » (Billy Wilder), « Irma la douce » (Billy Wilder), « Sierra torride » (Don Siegel), « Bienvenue mister chance » (Hal Ashby), « Tendres passions, terms of endearment » (James L. Brooks).



Sean Connery
« Pas de printemps pour Marnie » (Alfred Hitchcock), « Dr No » (Terence Young), « Les incorruptibles » (Brian de Palma), « L’homme qui voulut être roi » (John Huston), « Le nom de la rose » (Jean-Jacques Annaud).




Doris Day
« L’homme qui en savait trop » (Alfred Hitchcock), « Confidences sur l’oreiller » (Michael Gordon), « La femme aux chimères » (Michael Curtiz), « Young at heart » (Gordon Douglas).





Michael Caine
Oscarisé pour « Hannah et ses sœurs » (Woody Allen) ; « Alfie » (Lewis Gilbert), « Get Carter, la loi du milieu » (Mike Hodges), « Le limier » (Joseph Mankiewicz), « L’homme qui voulut être roi » (John Huston).




Angela Lansbury
« L’enjeu » (Frank Capra), « Samson et dalila » (Cecil B DeMille), « Le portrait de Dorian Gray » (Albert Lewin), « Hantise » (George Cukor), « The manchurian candidate, un crime dans la tête » (John Frankenheimer).




Eli Wallach
« Baby doll » (Elia Kazan), « Les désaxés » (John Huston), « Les sept mercenaires » (John Sturges), « Le bon, la brute et le truand » (Sergio Leone), « Lord Jim » (Richard Brooks), « Comment voler un million de dollars » (William Wyler).




Debbie Reynolds
« Chantons sous la pluie » (Stanley Donen), « La conquête de l’ouest » (John Ford), « Molly Brown » (Charles Walters), « Au revoir Charlie » (Vincente Minnelli).





Gene Hackman
Oscarisé deux fois ; « French Connection » (William Friedkin), « Impitoyable » (Clint Eastwood), « Mississippi Burning » (Alan Parker), « Bonnie and Clyde » (Arthur Penn), « Conversation secrète » (Francis Ford Coppola), « Un pont trop loin » (Richard Attenborough).




Shirley Temple
« Petite Miss » (Alexander Hall), « La p’tite Shirley » (Harry Lachman), « Boucle d’or » (Irvin Cummings), « Heidi » (Allan Dwan), « La mascotte du régiment » (John Ford), « Petite princesse » (Walter Lang).




Tony Curtis
« Les vikings » (Richard Fleischer), « Certains l’aiment chaud » (Billy Wilder), « Opération jupons » (Blake Edwards), « Spartacus » (Stanley Kubrick), « La grande course autour du monde » (Blake Edwards), « Le dernier nabab » (Elia Kazan).




Sophia Loren
« L’or de Naples » (Vittorio de Sica), « Orgueil et passion » (Stanley Kramer), « La clef » (Carol Reed), « The black orchid » (Martin Ritt), « Arabesque » (Stanley Donen), « Une journée particulière » (Ettore Scola).




Warren Beatty
« La fièvre dans le sang » (Elia Kazan), « Bonnie and Clyde » (Arthur Penn), « John McCabe » (Robert Altman), « The parallax view, a cause d’un assassinat » (Alan J. Pakula), « Reds » (Warren Beatty).




Gina Lollobrigida
« Fanfan la tulipe » (Christian Jaque), « Plus fort que le diable » (John Huston), « Trapèze » (Carol Reed), « Notre-Dame de Paris » (Jean Delannoy), « La proie des vautours » (John Sturges), « Les belles de nuit » (René Clair).




Jack Nicholson
« Easy Rider » (Dennis Hopper), « Chinatown » (Roman Polanski), « Le dernier nabab » (Elia Kazan), « Le facteur sonne toujours deux fois » (Bob Rafelson), « Cinq pièces faciles » (Bob Rafelson), « Tendres passions, terms of endearment » (James L. Brooks), « Vol au dessus d’un nid de coucou » (Milos Forman), « Shining » (Stanley Kubrick).



Jane Russell
« The outlaw » (Howard Hughes), « Les hommes préfèrent les blondes » (Howard Hawks), « the Las Vegas story » (Robert Stevenson).





Dustin Hoffman
Oscarisé deux fois pour « Kramer contre kramer » (Robert Benton) et « Rain man » (Barry Levinson), « Le Lauréat » (Mike Nichols), « Midnight cowboy » (John Schlesinger), « Little big man » (Arthur Penn), « Les chiens de paille » (Sam Peckinpah), « Papillon » (Franklin J Schaffner), « Les hommes du président » (Alan J Pakula), « Marathon Man » (John Schlesinger).


6 commentaires:

bob a dit…

Warren Beatty et Shirley MacLaine... je cherche l'autre !

bob a dit…

Joan Fontaine (de son vrai nom Joan de Beauvoir de Havilland) ! Sœur cadette – plus jeune de quinze mois – de l'actrice Olivia de Havilland avec laquelle elle sera en conflit quasi-permanent.

hop

Delphine a dit…

Puisque les lecteurs sont sollicités...

Jane Fonda est une jeune septuagénaire, Kim Novak est a priori encore de ce monde, de même que Jennifer Jones, qui fut Emma Bovary pour Minelli, sans oublier le premier acteur noir oscarisé, Sidney Poitier.

Christophe Courtois a dit…

Delphine, merci beaucoup pour cette participation inspirée ! Je suis impressionné...
Jane "La poursuite impitoyable"-"On achève bien les chevaux"-"Klute" Fonda et Kim "Sueurs froides/Vertigo" Novak méritent effectivement de figurer dans la liste (quoiqu'à la réflexion, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu Kim Novak ailleurs que dans "Sueurs froides"...). J'ai aussi vu Jennifer Jones dans "la folle ingénue" de Lubitsch, très amusante ! Je n'y aurai jamais pensé !
En revanche, j'avais également pensé à Sidney Poitier, puis ça m'est complètement sorti de la tête, je croyais qu'il était mort...

En me creusant la tête à nouveau, suite à ce commentaire, je me suis rendu compte que j'avais complètement oublié Maggie Smith, superbe dans "The honey pot" (Guêpier pour trois abeilles) de Mankiewicz, ou dans "Voyage avec ma tante" de Cukor. Je n'avais pas pensé non plus à Julie Andrews, qui pourrait peut-être mériter une petite place aussi dans la liste ("La mélodie du bonheur", "Marry Poppins", ou "Le rideau déchiré", d'Hitchcock). Je viens de penser aussi à Gena Rowlands, inoubliable dans "Gloria", mais je ne crois pas qu'elle ait fait grand chose en dehors des films de Cassavetes...
En revanche, j'avais bien pensé à Patricia Neal ou Leslie Caron, ou à Mickey Rooney, Richard Todd (pas sûr qu'il soit encore vivant), Ernest Borgnine, Robert Duvall ou Dennis Hopper, mais je les ai trouvé un peu trop "légers" à mon goût pour prétendre au titre...
Si vous avez d'autres idées, n'hésitez pas !

Bob, félicitations. Je trouve ça amusant que les soeurs Havilland soient toutes les deux encore vivantes. Quant à Shirley MacLaine, je vous préviens, je ne veux plus voir ici de lecteurs qui ne l'auraient pas vue dans "La Garçonnière" (the Apartment) de Billy Wilder...

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je découvre votre blog avec plaisir. Merci pour ce rappel. J'aime le cinéma mais plutôt en dilettante.

Sympa de découvrir votre liste. J'ai même halluciné sur certains noms que je croyais morts depuis longtemps (Olivia de Havilland par exemple, j'ai même vérifié sur Wikipédia pour m'assurer que je n'avais pas rêvé. Incroyable qu'elle ait pu tomber à ce point dans l'anonymat. A notoriété égale, c'est comme si Julia Roberts, De Niro ou Brad Pitt vieillissaient dans l'oubli de tous : innimaginable !

Comme vous, rien ne m'exaspère davantage que ces journalistes en mal de sensation qui croient toujours enterrer le dernier monstre sacré d'Hollywood. Longue vie à nos vieilles gloires.

Christophe Courtois a dit…

Merci pour votre commentaire, cher lecteur (ou lectrice) anonyme !
Je trouve ça amusant moi aussi qu'Olivia de Havilland vive dans l'anonymat le plus complet, qui plus est à Paris, depuis plusieurs décennies !

N'hésitez pas à revenir feuilleter ce carnet !

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