dimanche 24 août 2008

Acrostiches épistolaires

Plutôt que de barber les jeunes générations avec l'étude de textes classiques plus rasoirs les uns que les autres, peut-être ferait-on mieux de souligner qu'il suffit d'un peu d'astuce et d'espièglerie (comme Candy) pour s'amuser avec la langue française.

Apprend-t-on aux jeunes élèves que les plus grands auteurs français, ne citons que Victor Hugo par exemple, s'amusaient comme des gamins dans leurs lettres ou leurs bouquins, à coups d'anagrammes, de parodies, de contrepèteries, de palindromes, ou... d'acrostiches ?

Voici un acrostiche piquant du jeune Alfred de Musset qui, s'étant épris de George Sand, lui envoya cette lettre au sens caché.

Je ne vous livre pas la définition de l'acrostiche, Alfred s'y employant parfaitement dans son avant-dernier vers : celui-ci vous donnera tout simplement la clef de lecture de sa missive et vous en dévoilera le double sens.




Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers, lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

George Sand, douée d'un humour non moins égal, fit sa réponse à ce petit polisson d'Alfred sur le même principe. Les lecteurs avertis ne se laisseront donc pas berner par ce ton apparemment si outragé.
J'adore cette réponse : en deux lignes, on saisit tout l'esprit de George Sand !

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

(On trouve également une lettre à Musset autrement plus paillarde prêtée à George Sand, mais celle-ci, contrairement à l'échange précédent, n'est qu'un canular de la fin du XIXe siècle).

5 commentaires:

bob a dit…

Mr Courtois, magnifique contribution.
C'est toujours aussi rafraichissante.
Nul doute que cela contribuera certainement à motiver nos jeunes générations.

Lady M a dit…

Loin de moi l'envie de vous faire une pompeuse et maladroite éloge , néanmoins force est de constater que le qualificatif '' rafraichissant ''de votre sibère carnet n'est pas du tout usurpé .Bien au contraire ! on y retrouve du mot à 4 syllabes , de la thématique d'à-propos, de l'actualité, du style courtois ...( ça nous change des LOL MDR ) est il besoin de souligner que je suis conquise ?!
Faisant ici ma première apparition , je me permet ce monopole scriptural .Les prochains commentaires seront simples mais tout aussi sincères à votre égard .
Au plaisir de vous lire .

Christophe Courtois a dit…

Ayant à coeur de promouvoir les efforts d'écriture, j'attire tout d'abord l'attention des lecteurs sur la réponse de Bob, mon plus fervent détracteur, qui s'est fendu d'un acrostiche d'encouragement (à lire en cliquant sur le titre du billet, pour avoir les commentaires en pleine page - donc sur trois lignes - et non en cliquant sur commentaires). Félicitations, Bob.

Lady M, je serai pour une fois d'une concision inhabituelle : sachez que je savoure ces quelques lignes. Je tâcherai d'être à la hauteur d'aussi élogieuses pensées. Merci beaucoup.

Bob n'ayant pas la même plume que Lady M, je lui adresse ce commentaire personnel : "Prends en de la graine, Bob".

bob a dit…

J'abhorre la logorrhée !

Christophe Courtois a dit…

Logorrhée, n'est-ce pas ce nom féminin pédant souvent employé par les hommes qui considèrent que leur femme parle trop ? ;-)
Pour les noms masculins en "ée", voir
ici

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