Au risque de passer encore pour un vieux réactionnaire, je suis une fois de plus scandalisé par deux nouvelles stupidités issues des cerveaux abêtis de nos publicitaires français. Je fulmine à la nouvelle idiotie du plus ancien quotidien français associé à une entreprise qui porte le nom France dans son patronyme, tout autant qu’à la bêtise du deuxième groupe de distribution mondial né à Annecy.En 1778, Beaumarchais écrivait dans « Le mariage de Figaro » la réplique suivante : « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ». Et bien blâmons allègrement le journal du même nom, Le Figaro, qui s’honore de faire figurer cette phrase sous son titre.
Le Figaro, ce quotidien né en 1826, s’est récemment associé à Orange, une filiale de France Télécom dont l’Etat est rappelez-vous l’actionnaire majoritaire, pour créer un nouveau rendez-vous médiatique sur internet. De stupides fées publicitaires se sont donc penchées sur son berceau, pour le baptiser… « Le Talk Orange – Le Figaro ».
Cet entretien hebdomadaire accueille sur internet des hommes politiques français, pour s’exprimer en français, sur l’actualité française, à l’attention des Français. Alors pourquoi l’avoir dénommé « le talk » ? Si vous avez une idée, dites le moi, parce que je n’arrive tout bonnement pas à trouver une seule raison valable pour excuser cette ânerie du Figaro et d’Orange.
Pensaient-ils sérieusement recueillir plus d’audience en choisissant ce nom anglais ? Les hommes politiques y diront-ils des choses plus intéressantes que s’ils avaient été reçus dans « l’entretien », « le rendez-vous », « la conversation », « l’entrevue », « la tribune », « le dialogue », « l’échange », « le tête à tête », « la causerie », « la discussion » Orange – Le Figaro ? Aura-t-on droit par exemple à plus de révélations que dans « Le grand jury RTL - Le Monde » ? François Fillon ou Julien Drey y ont-ils déjà causé en anglais pour se faire entendre de jeunes de banlieues ? Orange et Le Figaro pensaient-ils que des millions d’internautes californiens viendraient écouter le railleur sénateur Ménenchon pourfendre le capitalisme ? Peut-être suis-je déjà trop vieux… mais je n’imaginais pas que le « talk » était un anglicisme si répandu que vous aviez des « talks » avec vos amis ou vos collègues…
Honnêtement, je ne m’étonne pas que cette nouvelle attaque du français vienne d’Orange. Rappelez-vous, je m’étais déjà élevé ici contre cette entreprise majoritairement détenue par l’Etat français mais qui se fait pourtant le fer de lance de la promotion de l’anglais dans sa communication (« open », « livebox »,…).
Encore une fois, par petites touches successives, on laisse progressivement entendre à tous que l’anglais est moderne, et le français ringard, la culture anglaise branchée et la française dépassée, les entreprises anglo-saxonnes « hype et trendy », pendant que les entreprises françaises sont « vieillottes ou en grève ». A pleurer.
En revanche, j’avoue avoir été stupéfait de découvrir que Le Figaro était complice de ce soi-disant summum de la branchitude publicitaire. Rappelons que le quotidien qui tire son nom d’un personnage de Beaumarchais peut s’honorer d’avoir compté parmi ses contributeurs de nombreux grands écrivains français comme Guy de Maupassant, George Sand, Marcel Proust, François Mauriac, Tristan Bernard, George Duhamel, Jean Giraudoux, André Maurois ou Emile Zola. Un grand nombre d’académiciens y ont écrits, et l’un des leurs, Jean d’Ormesson, dirigea même le journal. Je m’étrangle donc que le journal qui hébergea dans ses pages des articles intitulés « le bon français », de la plume même de Maurice Druon, le secrétaire perpétuel de l’Académie Française, commence sa nouvelle conquête de l’internet par un « talk ».
L’indignation vaut aussi pour le groupe français Carrefour.
Le groupe qui engrange plus de quatre-vingts milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année, dont plus de la moitié en France, vient en effet d’annoncer qu’il débaptiserait prochainement ses supermarchés « Champion » pour les affubler du merveilleux nom de « Carrefour Markets ».
Je ne conteste absolument pas la logique de communication consistant à supprimer la marque Champion et à décliner une « gamme » Carrefour. On comprendra aisément que le groupe préfère concentrer son investissement sur une unique marque mondiale. Je comprendrais tout aussi facilement que cette enseigne mondiale, présente aussi bien en Chine qu’en Colombie ou à Taïwan, décide de se plier dans chaque pays à la langue locale. Après tout, McDo et Coca Cola, eux, nous parlent bien en français. Mais pourquoi « markets » en France ? Achète-t-on plus dans un « supermarket » que dans un « supermarché » ? L’anglais développe-t-il l’appétit dans les rayons alimentaires ? L’enseigne anglicisée gonflera-t-elle notre pouvoir d’achat ? Quand on y réfléchit, on s’étonnerait presque que la marque « Carrefour » n’ait pas tout bonnement été rebaptisée « Crossroad »…
Le groupe qui engrange plus de quatre-vingts milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année, dont plus de la moitié en France, vient en effet d’annoncer qu’il débaptiserait prochainement ses supermarchés « Champion » pour les affubler du merveilleux nom de « Carrefour Markets ».
Je ne conteste absolument pas la logique de communication consistant à supprimer la marque Champion et à décliner une « gamme » Carrefour. On comprendra aisément que le groupe préfère concentrer son investissement sur une unique marque mondiale. Je comprendrais tout aussi facilement que cette enseigne mondiale, présente aussi bien en Chine qu’en Colombie ou à Taïwan, décide de se plier dans chaque pays à la langue locale. Après tout, McDo et Coca Cola, eux, nous parlent bien en français. Mais pourquoi « markets » en France ? Achète-t-on plus dans un « supermarket » que dans un « supermarché » ? L’anglais développe-t-il l’appétit dans les rayons alimentaires ? L’enseigne anglicisée gonflera-t-elle notre pouvoir d’achat ? Quand on y réfléchit, on s’étonnerait presque que la marque « Carrefour » n’ait pas tout bonnement été rebaptisée « Crossroad »…
Je regrette que les publicitaires français à l’origine de ces déplorables anglicismes ne soient pas récompensés par des vacances de quelques mois au Québec. Ils y verraient une province canadienne où la plupart des habitants maîtrisent très bien l’anglais, sont ouverts sur le monde, partagent leur pays fédéral avec des anglo-saxons, mais protègent pourtant avec acharnement « leur » français.
A défaut, je rêverais ce soir en m’endormant que des députés français partent à leurs places en vacances dans la belle province, et ramènent dans leurs bagages cette formidable loi québécoise, dite « règle de la nette prédominance du français ».
A défaut, je rêverais ce soir en m’endormant que des députés français partent à leurs places en vacances dans la belle province, et ramènent dans leurs bagages cette formidable loi québécoise, dite « règle de la nette prédominance du français ».


1 commentaires:
100% d’accord, cher homonyme.
Parler de talk, c’est has been, c’est du langage de djeun’ pondu par des marketeux cinquantenaires, reworké par un committee (le meilleur moyen de tuer toute idée originale ou un tant soit peu artistique).
Dans le même esprit que Carrefour Markets, tu as aussi l’Atac de mon quartier devenu un Simply Market. Même taille, mêmes caissières, une boucherie en moin, 50% de produits Auchan, et une nouvelle victoire pour la World Company.
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